Crépuscule
Lumière incertaine qui succède immédiatement au coucher du soleil. Au figuré : Déclin, fin. « Le Crépuscule des dieux » (opéra de Wagner). Il n’est pas anodin que Le Petit Robert cite une œuvre de Richard Wagner pour définir le mot français « crépuscule ». Image du déclin et de la fin, le crépuscule reste avant tout une lumière. Incertaine, certes, mais lumière toujours.
Ce concert mettra en lumière deux œuvres crépusculaires de deux grands compositeurs arrivant à la fin de leurs vies, laissant derrière eux leur testament musical : leur fin, étonnamment lumineuse, puissante, profonde et bouleversante.
En 1882, Richard Wagner compose son dernier opéra Parsifal, inspiré par le mythe de Perceval et Le Conte du Graal et dont l'argument principal s'articule autour de la rédemption, la compassion et la recherche de la paix éternelle. Une œuvre extraordinaire, que Wagner qualifie lui-même de « festival scénique sacré » (bühnenweihfestspiel).
L'opéra retrace le parcours du jeune Parsifal, être innocent qui découvre la souffrance du chevalier Amfortas, blessé pour avoir cédé à la tentation. Par la compassion et la pureté de son cœur, Parsifal parvient à guérir Amfortas et à rétablir la communauté du Graal. L’œuvre entière est une méditation sur la souffrance, la rédemption et la paix éternelle : un adieu spirituel où Wagner semble chercher, à travers la musique, une forme de paix.
L’opéra, d’une durée d’environ quatre heures, débute non pas par une ouverture, qui préparerait le drame ou la première scène mais par une immersion musicale, un prélude, qui annonce l’atmosphère de l’œuvre et plonge l’auditeur dans un état d’âme.
Le prélude se déploie lentement, au rythme des leitmotiv, des courts motifs musicaux - une mélodie, un rythme, un accord, une couleur orchestrale, associés à un personnage, un objet, un sentiment, une situation ou même une idée abstraite (comme la rédemption, la mort ou le destin), qui interviendront dans l'action. Se succéderont ainsi les leitmotivs de la Cène, du Graal et de la Foi, les trois éléments principaux de tout l’opéra.
Puissante, prenante, religieuse ou non, cette œuvre, que Nietzsche considérait comme « le plus grand chef-d’œuvre du sublime [par] la puissance et la rigueur dans l’appréhension d’une terrible certitude, une indescriptible expression de grandeur dans la compassion envers elle » ne peut laisser indifférent. Chacun y trouvera la spiritualité qu’il voudra et dont il aura besoin.
Onze ans plus tard, un autre crépuscule intervient : celui de Tchaïkovsky, qui créera sa sixième et dernière symphonie neuf jours avant sa mort. Œuvre totalement inédite, elle a été source de très nombreuses légendes sur la fin du compositeur. La symphonie, d’une richesse folle, constitue l'une des œuvres les plus évocatrices des émotions et sentiments les plus profonds.
Elle s’ouvre sur une introduction sombre, tourmentée, à laquelle succède une partie plus rapide qui aboutit à un deuxième thème amoureux, absolument troublant de beauté, de calme et de douceur. Le premier mouvement s’enflamme de rythmes très puissants et de passages fougueux redoutables, avant de se clôturer de manière presque religieuse.
S’en suivent deux mouvements trompeurs : d'abord une valse à cinq temps vacillante, puis une marche triomphale, trop enjouée pour être sincère… Ce faux triomphe s’écrase avec douleur et, à rebours de la tradition, dans un final, lent, déchirant, qui immerge l'auditeur dans un son d’orchestre dense, triste et troublant.
Vous l’aurez compris, Crépuscule est une invitation à l’introspection : un voyage au cœur des émotions les plus intérieures, où le génie des compositeurs transforme l’ombre et la lumière en une expérience de pure spiritualité.
Mattia BORNATI